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Mercredi 9 à 12h00

Denis Loyer, Expert Climat pour l'Agence Française de Développement
Dialoguez avec cet expert climatique en direct depuis le sommet climatique de Bonn.

 

 

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Denis Loyer est conseiller climat au sein de l'Agence française de développement (www.afd.fr). De formation agronome et halieute, il a travaillé pendant 14 ans dans plusieurs agences de l'AFD en Afrique, à Madagascar et aux Caraïbes puis il a créé le service environnement et ressources naturelles de l'AFD. Il anime actuellement le développement des engagements de l'AFD sur la lutte contre le changement climatique et participe à l'équipe française de négociation climat.
 

Bonjour à toutes et à tous, nous sommes aujourd'hui en direct avec Denis Loyer, Expert Climat pour l'Agence Française de Développement.
Bonjour, je travaille à l'AFD, c'est la banque de développement de la France, qui est un conseil d'administration qui travaille avec les ministères de l'administration française, mais également dans son conseil d'administration, il ya des sénateurs et des députés ainsi que des ONG. Nous travaillons dans 50 pays, et dans les collectivités d'outre-mer pour lutter contre la pauvreté, créer de la croissance économique et préserver l'environnement. En 2009, l'AFD a consacré 6,2 milliards d'euros à ces financements, dont 2,5 milliards pour la lutte contre le changement climatique.

james : A quoi est dû le réchauffement climatique ? Pouvez-vous nous expliquer simplement parce qu'on entend beaucoup de choses contradictoires...
Le réchauffement climatique, est dû à l'augmentation de la concentration de gaz dans l'atmosphère de la Terre. L'épaisseur ou la densité de cette couche de gaz peut être comparée à la vitre d'une voiture par exemple, qui fait que quand les rayons du soleil passe à travers les vitres d'une voiture, ils ont ensuite du mal à ressortir, et cela augmente la température à l'intérieur de la voiture. C'est à peu près le même phénomène pour la Terre avec cette couche de gaz. L'augmentation de cette concentration de gaz dans l'atmosphère, est principalement dûe à la consommation de carburants fossiles (pétrole ou charbon) qui émettent du gaz carbonique en brûlant. C'est ce que dise la majorité des scientifiques.

bree : On parle de réchauffement climatique mais vu le temps du mois de mai dernier en France, ce serait plutôt un refroidissement non ?
Merci pour cette question, parce que ce n'est pas réchauffement climatique, en fait ces changements climatiques, il y a bien une différence entre l'évolution à long terme de la température mondiale moyenne est très différente de la météo de la semaine dernière ou des semaines à venir. Par exemple, au 20ème siècle, il y a eu une augmentation de la température moyenne mondiale de 0,7 degré. Ce n'est pas facile à comprendre, parce qu'il y a des différences de températures, suivant la latitude et suivant les saisons, mais les scientifiques nous montrent qu'il y a une hausse de la température moyenne.

georges : Comment concilier développement et préservation de l'environnement ?
C'est au cœur de la stratégie et des actions que mène l'AFD, parce que pendant longtemps, on a pensé que l'environnement était une préoccupation de riche. Et on s'aperçoit que dans les pays en développement l'environnement est souvent essentiel pour l'économie ou la survie de populations. Par exemple, des stocks de poissons pour les pêcheurs au Sénégal ou bien les sols agricoles pour les paysans du Nord Cameroun. Or l'environnement, est le capital naturel, il n'est pas inépuisable et son utilisation intensive peut conduire à des situations irréversibles. Une stratégie de développement durable doit donc prendre en compte la préservation de l'environnement et c'est vrai également dans les pays pauvres.

Morgane : Que se passe-t-il à Bonn en ce moment, pourquoi personne n'en parle ? C'est un nouveau Grenelle de l'environnement ?
rosalie : Bonjour M. Loyer, vous êtes à Bonn en ce moment, pouvez-vous nous décrire l'ambiance sur place? Avez-vous été déçu par le sommet de Copenhague? Merci de répondre à nos questions !
A Bonn en ce moment, pendant 15 jours, les négociateurs de 192 pays se sont réunis pour continuer leur travail à la suite de la conférence de Copenhague. Parmi les sujets importants, il y a des discussions sur la préservation des forêts dans les pays du Sud qui progressent. Des échanges très intéressants sur comment financer des projets de lutte contre le changement climatique, et bien d'autres sujets. Je sors à l'instant d'une réunion dans laquelle l'ambassadeur de Singapour a été mandaté pour faciliter l'explication par chacun de ce qu'il comprend comme un futur mécanisme financier de lutte contre le changement climatique. Il y avait aussi des ONG dans la salle, qui suivent ce sujet de très près, et apportent aussi des conseils, des propositions à de nombreux pays. Copenhague, a été quand même un moment de frustration, et surtout la dernière nuit qui a été pénible voire, dramatique, avec des gens qui pleuraient. Mais il y a quand même eu des avancés étonnantes : je vais en citer 3 : d'abord, de nombreux chefs d'Etat se sont engagés complètement dans la négociation, et c'est la première fois que ca arrive à ce niveau, politique et avec autant de chefs d'Etat. Deuxièmement, il y a eu des annonces de financement important, 30 milliards de dollars sur les 3 ans à venir, et 100 milliards à partir de 2020, qui montre que l'idée d'une solidarité entre les pays du Nord vers les pays du Sud devient une réalité. Troisièmement, sur la forêt, de nombreux chefs d'Etat, se sont engagés pour que des financements soient mis en priorité pour accompagner les efforts de pays en développement comme par exemple ceux du bassin du Congo.

Toc77 : Bonjour, En tenant compte des conséquences du réchauffement climatique sur la disponibilité des ressources, des besoins des autres êtres vivants et des besoins socio-économiques de l'Homme, quel est la population maximale que notre planète peut faire vivre dignement? Merci de votre réponse !
C’est une question qui est difficile, mais il y a des éléments de réponse. WWF, publie tous les 2 ans un rapport sur l'empreinte écologique qui montre que nous vivons actuellement au dessus de nos moyens en consommant 30% de plus que ce que la planète peut nous fournir. Il faut donc changer nos modes de consommation, de production et chacun doit montrer l'exemple et pousser nos Etats à prendre des décisions. Qui sont politiquement difficile à prendre. C'est pourquoi des gens comme Serge Orru, Isabelle Autissier, Nicolas Hulot, ou Yann Arthus Bertrand ont raison de faire un gros effort de communication sur ces sujets. A l'AFD, nous finançons des projets qui permettent d'émettre moins de CO2 (électricité, efficacité énergétique, transports urbains) sont autant d'exemple illustrant la possibilité de se développer en réduisant l'empreinte écologique. Nos économistes, réfléchissent aussi à des modèles de développement qui prennent en compte cette question très importante.

RORO.G : Le développement durable c'est quoi au juste ?
Le développement durable, c'est le rééquilibrage des investissements et des actions en faveur du capital naturel, et souvent le fondement de l'activité économique des plus pauvres. Il faut par ailleurs, poursuivre et améliorer les investissements et les actions en matière d'infrastructures, d'éducation, de santé, etc.

SabSab : Les émissions de CO2 par certains volcans gigantesques dans le passé ont été à l'origine d'un réchauffement climatique, seulement c'était naturel... Aujourd'hui l'homme est responsable du réchauffement climatique. Peut-on réparer les dégâts causés ou est-ce trop tard pour ce qui est déjà fait ?
La machine climatique est comme un très gros cargo qui prend du temps pour ralentir sa vitesse : ralentir l'augmentation de la température mondiale va prendre plusieurs dizaines d'années. Plus on commence tôt, moins la température s'élèvera, les scientifiques nous disent, que pour maintenir l'élévation de température à 2 degrés maximum, on peut encore émettre 700 à 1000 milliards de tonnes de CO2 d'ici 2100, ce qui nécessite de réduire fortement les émissions mondiales. Le plan d'action décidé à Bali, propose que les pays développés fassent un effort très important de réduction de leurs émissions. Il indique qu'un effort doit être également être fait notamment par les pays émergeants pour contribuer à ce ralentissement de l'augmentation de la température.

le clown vert : Bonjour ! Et les arbres, ont ils une place importante dans la lutte contre le réchauffement climatique ?
La déforestation représente actuellement 17% des émissions de CO2 mondiales. C'est à dire plus que les transports. Cette déforestation se fait principalement dans des pays en développement pour créer des activités économiques nouvelles comme les plantations de soja en Amazonie, ou de palmiers à huile en Asie. Mais il ya aussi beaucoup de petits paysans, qui n'ont pas d'autre choix que de déforester pour survivre. Le grand défi de la lutte contre la déforestation, est de faire changer ces pratiques en apportant des alternatives de développement économique. Par exemple, en Indonésie le gouvernement incite les planteurs de palmiers à planter sur des zones anciennement déforestées. Un autre exemple, est celui du bassin du Congo : où l'AFD finance des exploitations forestières durables, éco certifiées, qui permettent de produire du bois tout en permettant le renouvellement de ces forêts. Dans la négociation climatique, le défi est de trouver un moyen de financer ces actions positives mis en œuvre par les Etats, des paysans, des ONG ou des entreprises privées. C'est le sujet qui avance le mieux dans la négociation climat.

Lécolo : Bonjour, quels sont vos principaux chantiers 2010 ?
Je comprends que la question concerne nos priorités en changement climatique de l'AFD en 2010. Tout d'abord, nous allons continuer à financer des projets diversifiés, dans de nombreux pays, pour mémoire, en 2009, l'AFD a financé 2,5 milliards d'euros de projets climat. Deuxièmement, nous réfléchissons à la manière de développer nos activités sur l'adaptation au changement climatique qui est un sujet particulièrement difficile. Troisièmement, nous poursuivrons notre engagement très fort dans la lutte contre la déforestation qui correspond à des engagements politiques et diplomatiques de la France. Dernier point, l'AFD est très en avance sur la mesure de l'impact de ses financements climat, par exemple, nous pouvons dire qu'en 2009, les projets que nous finançons permettront d'éviter les émissions de 5 millions de tonnes de CO2, chaque année pendant les 20 ans à venir. Cela représente l'équivalent des émissions de 1,8 millions de voitures. Nous allons continuer à améliorer cette capacité à rendre compte du bilan de nos opérations et de ces impacts car la société civile française nous le demande ainsi que nos autorités et nos élus.

Sarge231 : Bonjour. Je voudrais avoir votre réaction sur ce qui se passe au large de la Louisiane et votre regard personnel sur cette catastrophe.
Ce qui se passe en Louisiane, que je connais très mal, me semble illustrer la non prise en compte des conséquences potentielles, de choix de développement économique. A L'AFD sur tous les financements que nous faisons, nos évaluons de manière précise et a priori les impacts potentiels sur l'environnement et nous exigeons des bénéficiaires de nos financements qu'ils présentent un plan de gestion des risques environnementaux dont la qualité doit être exemplaire et vérifiée par des experts indépendants. De la même manière, nous commençons à analyser dans certains projets, la possibilité de réduire leur consommation de carburants fossiles et en particulier le pétrole. Ce sont peut être des actions qui n'ont pas l'ampleur du problème que nous voyons sur la Louisiane, mais c'est notre contribution responsable pour essayer d'éviter ce genre de catastrophes.

Le mot de la fin ?
Pendant que la négociation climat continue, elle a besoin d'appuis qui viennent de l'extérieur, par exemple, en montrant que l'on peut passer à l'action dès maintenant, que réduire ces émissions de CO2 à titre personnel ou dans une activité économique peut être une aventure heureuse. C'est ces exemples, qui permettront de faire progresser par l'engagement de tous le processus onusien. Et surtout ne pas oublier de protéger et de préserver les arbres ! Qui manque beaucoup d'amis ! Merci à tous !